Questions-réponses à HELENE GIRAUD et THOMAS SZABO

Quelle est la genèse de minuscule ?

HELENE GIRAUD : En 2003, Thomas a réalisé un court métrage zéro budget intitulé « Mouches à merde ». C’était l’histoire d’une course-poursuite entre une coccinelle et des mouches. Le concept, la technique, l’humour, tout était déjà là et ne demandait qu’à être développé. L’idée du court métrage a d’ailleurs été reprise dans un des épisodes (la coccinelle)…

THOMAS SZABO : À l’époque, Hélène et moi, on travaillait tous les deux pour Futurikon, j’ai montré le court au producteur Philippe Delarue qui a très vite proposé de financer un pilote en vue d’une série. La bouse de vache a été remplacée par des poubelles ainsi que le titre, passant de « Mouches à merdes » à « La coccinelle », plus politiquement correct pour la télévision. 

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Comment s’est fait le « casting » des insectes de minuscule ?

THOMAS SZABO : « Le casting » des personnages s’est fait pendant la phase préparatoire du projet. Nous en avons dessiné une vingtaine en leur donnant leurs traits de caractère, leur personnalité. Nous avons fait notre choix en sélectionnant les plus connus mais aussi ceux qui nous inspiraient le plus. Comme l’escargot qui pourtant n’est pas un insecte.

HELENE GIRAUD : Inversement nous en avons écarté d’autres, par exemple la mante religieuse, non pas qu’elle ne soit pas sympathique mais parce qu’elle faisait doublon avec la grande araignée rousse. Les cafards ainsi que les dytiques (sorte de moustiques qui patinent sur l’eau) ont aussi disparu de la liste mais pour des raisons de budget.

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Comment se passait l’écriture d’un scénario ?

HELENE GIRAUD : Au début de la production, on a eu quelques sueurs froides en pensant au nombre d’épisodes prévus : 78 ! Même pour une durée de 5 minutes par épisodes, on s’est demandé si on n’allait pas se répéter dans les histoires. Finalement pas du tout, chaque épisode est un court métrage à part entière. Nous voulions que les histoires de minuscule ressemblent un peu à des petits contes ou « Haïkus » japonais.

THOMAS SZABO : Tout démarrait par un synopsis d’une demi page. L’histoire de l’épisode décrite dans ses grandes lignes. Ensuite on passait à l’élaboration du story-board qui consiste à découper le synopsis en plans à l’aide du dessin. C’est un moment important où l’on définit le rythme de l’épisode et où l’on trouve des idées de gags visuels. Une fois sur les lieux de tournage, on ne trouve pas toujours les décors qui correspondent à ce que l’on avait imaginé sur le papier. Il ne fallait donc jamais trop détailler les story-boards de façon à garder encore une marge d’improvisation sur le tournage. Si une nouvelle idée apparaissait à la découverte d’un lieu inattendu, elle était tout de suite exploitée. Certaines histoires ont ainsi un peu changé en cours de route.

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Comment se sont déroulées les prises de vues en nature ?

THOMAS SZABO : Pour obtenir l’aspect documentaire qui nous tenait à cœur, nous avons filmé les décors en prise de vue réelle. Les insectes en 3D étaient intégrés bien après.

HELENE GIRAUD : Nous partions quand nous avions un nombre suffisant de story-boards. 8 sessions de tournage ont été nécessaires. L’essentiel des tournages se passaient en extérieur entre le sud de la France et la Normandie. Cela a permis de varier un peu le type de végétation. Deux sessions se sont déroulées en intérieur dans une maison de campagne. L’équipe était composée d’une régisseuse, d’une accessoiriste, d’un cameraman, et de nous deux.

THOMAS SZABO : Nous avions deux cameras MiniDV pour un rendement plus important. On se répartissait les scènes par lieux et par épisodes en suivant un plan de travail méticuleux. La 3D étant intégrée par la société Mac Guff Ligne bien après les tournages, nous filmions les décors sans les personnages, en se fiant aux cadrages du story-board. En imaginant constamment ce qu’il allait se passer à l’image, ce qui n’était pas toujours simple.

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Quels sont les objectifs techniques et artistiques que vous vous êtes fixés ?

THOMAS SZABO : Visuellement nous voulions que les personnages ne soient ni trop réalistes ni trop cartoon. L’objectif était de maintenir un équilibre sensible entre des informations réalistes basées sur de la documentation et une simplification du design. Par exemple nous ne voulions pas que les textures soient trop chargées. Les yeux des persos devaient être facilement identifiables pour faciliter les expressions.

HELENE GIRAUD : Pour les prises de vue réelles nous voulions avoir cet aspect péchu et saturé des couleurs. L’autre aspect important était l’intégration des personnages dans les décors. Pour que l’illusion fonctionne les personnages devaient avoir le bon éclairage, la bonne teinte et les ombres portées qui les intègrent aux décors.

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Combien de temps nécessite la réalisation d’un épisode ?

HELENE GIRAUD : Difficile de répondre, la création d’un épisode s’échelonnait sur plusieurs mois entre le scénario, le story board, le tournage, le montage, l’animation des personnages en 3D et leur intégration dans les images réelles, le son et la musique. Un véritable puzzle géant à compléter sur une période d’un an et demi.

THOMAS SZABO : En compressant toutes ces étapes, on peux arriver à une moyenne d’environ une semaine par épisode…

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Pourquoi ne pas avoir fait parler les insectes ?

THOMAS SZABO : Le choix de ne pas mettre de dialogue vient du fait que nous voulions que la série se rapproche plus du documentaire que de la série d’animation traditionnelle. Les vrais insectes étant ce qu’ils sont (ils ne parlent pas et n’ont pas d’expressions humaines, il ne froncent jamais les sourcils, ne sourient jamais, ne clignent pas des yeux etc.), nous avons voulu respecter leur manque d’expression en évitant de les « humaniser ».

HELENE GIRAUD : Ils ont quelquefois de gros yeux globuleux avec des pupilles un peu cartoon mais jamais d’attitudes anthropomorphiques. minuscule est une série qui fonctionne sur un mode purement visuel et non littéraire. Pendant la production, les scénarios ne faisaient pas plus d’une page afin de laisser une grande latitude pour les idées de gags et de découpage.

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Les bruitages semblent très travaillés et on sent parfois certaines références, on pense à de la F1, à la Guerre des étoiles, etc. Est-ce voulu ?

HELENE GIRAUD : Absolument ! Nous avons glissé des petites références de films dès que le scénario nous le permettait. C’est sympa d’avoir plusieurs niveaux de lecture et quelques clins d’œil dans une histoire.

THOMAS SZABO : Pour le bruitage des insectes, l’idée depuis le début partait de la volonté de leur donner une couleur réaliste mais complètement décalée : Les mouches ont des sons de bombardiers, les abeilles des sifflements de jets, quant à la coccinelle c’est un mélange de mobylette et de moto japonaise. minuscule étant une série sans dialogues ni musique (sauf à la fin), le son devenait extrêmement important.

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Quel insecte est la star de la série ? (La coccinelle ? L’araignée ?)

HELENE GIRAUD : La star, le personnage phare de la série est celui de la coccinelle. Mais tous les autres insectes ont aussi leur moment de gloire. La fameuse minute de célébrité dont parlait Andy Warhol.

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